Ils me sont fidèles :

SLÅSS



H I N D E R L Ø Y P E N



 _____ C'ÉTAIT la résolution secrète de l'année 2012. Un but sous-jacent, une ambition confidentielle, toujours entreprise, jamais menée à bien, faute de cran. Au premier janvier de cette année, j'ai donc délibérément décidé de perdre le poids doucettement accumulé depuis plusieurs années, cortisone et grossesse n'ayant en rien arrangé la situation. 


La balance ne me connaissait pas. Je ne montais jamais dessus, elle ne me demandait rien. Honnête relation. Nous nous sommes ignorées fièrement pendant près de sept ans, jusqu'à ce que mon égo réalise que le temps était venu de prendre les choses en main. C'est bien connu, l'égo a toujours raison. La taille 48 ne me convenait guère et il ne se lassait pas de me le faire remarquer. Bien décidée à faire face à cette ennemie réprimée, je l'enfourche donc au premier janvier.
Quatre-vingt sept kilos, qu'elle me dit. Mon mètre soixante-huit ne m'aide en rien, je suis grosse. Pester contre la société et sa violence sociale n'aura fait que retarder l'échéance. Cette fois, je réalise qu'il le faut. Je n'ai aucune idée du poids qu'il me faut atteindre pour me sentir bien ; j'y vais, c'est tout._ Le tuyau ? Dégoter une manière de s'alimenter qui soit saine, sage et sensée, s'y habituer, ne pas se priver, quantifier les doses. J'avais toutes ces cartes en main, me suffisait juste de faire table rase afin de les y poser, de les comprendre et de les digérer, et, bien sûr, de convaincre mon Amoureux des Rondeurs de l'urgente nécessité de cette ambition. 

Quelques pizzas, (tout de même!) plâtrées de lentilles, carrés de chocolat, (eh oui!) tournées scooter * et nouveaux pantalons plus tard, le voilà qu'il peste lorsque ses mains se heurtent aux os de mon bassin. Je parle finalement de stabilisation, maître-mot d'une quelconque perte de poids volontaire. J'apprivoise lentement l'enveloppe charnelle qui m'enceint, que je ne reconnais plus ; je me découvre un squelette, une forme de visage. Je dors mieux, je bouge mieux, je vis mieux, je me sens mieux.**

Un an, donc, pour perdre trente-six kilos, trente-six kilos superflus, cela va sans dire, que je ne veux en aucun cas reprendre. Mes cinquante-et-un kilos me conviennent et je suis fière, très fière d'avoir su m'allier à Miss Diététique pour tenir tête à Mère Nature, qui m'aura décidément toujours faite passer pour une femme ronde, assumant ses formes et son surplus de graisse, na!



** Pour votre santé, variez, équilibrez, bougez!
** Pour votre santé, évitez de grignoter entre les repas.



S D M F

KLAR!

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Parlez, parlez et faîtes parler!

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UMIDDELBART




Comme la concrétisation d'un songe depuis longtemps 
rêvé, l'apogée d'un art, une utopie, un cadeau.


@AMBre & Bod' : je vous Aime.

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ØNSKE

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Notez que  ce cliché n'est, cette fois-ci, pas signé. Je ne savais tout bonnement pas où 
insérer la griffe, de peur qu'elle ne vienne briser la composition très géométrique de l'image.


D E L I K A T E S S E N
--> Voilà maintenant quelques temps que je distribue de toutes nouvelles communes. Contre toute attente, mon troisième oeil et moi nous liguons donc pour saluer les charmantes Lynde, Renescure et compagnie. Je n'aurais jamais cru possible de pouvoir macrophotographier sur mon temps de travail tout en étant payée, na! De quoi décompresser, prendre le temps de composer l'image tout en engageant la conversation avec monsieur Dupont au 136 champ de la rose.



 Sac à envie # 2


• Un auto-portrait travaillé, pour une fois!
• Une bouffée d'oxygène fugace, de la vitamine D, des vacances!
• Une excursion norvégienne, le cas échéant.
• Moins du brume le matin.
• Un gros toutou à cajoler.
• Un rétroviseur tout neuf.
• Un second moyen de locomotion.
• Une bonne chopine dans un chouette bar, tenez.
La bande à la maison, au complet!
• Un aspirateur qui fonctionne.
• Un véritable fou-rire.
• De la neige, paradoxalement.
• Des bisous sur vos joues.


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HURRAH!






JA, må hon leva!
JA, må hon leva!
JA, må hon leva uti hundrade år!
JAVISST ska hon leva!
JAVISST ska hon leva!
JAVISST ska hon leva uti hundrade år!


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PUST!


 F A R V E L , S O M M E R ! 

(Kanskje skal vi møtes igjen neste år?!)

--> Chassons l'été à coup de souffle, sans l'ombre d'un remord! Accueillons l'automne et ses rafales! Saluons les nuages, ployons devant la bruine! Revêtons nos trenchs et impers, ces amis du ciel gris, en oubliant qu'il y a un an, jour pour jour, la chaleur était étouffante et que les contractions avaient commencé il y a déjà plus de douze heures. Préparons-nous plutôt à fêter dignement la toute première année de notre toute petite Nina. 



Ça y est, c'est officiel. J'ai reçu hier les numéros Système d'Identification au Répertoire des ENtreprises et Système d'Identification au Répertoire des ETablissements me référençant au RépertoiredesMétiersEtBlablabla. Ça y est, c'est officiel. La chatouilleuse du déclencheur passionnée et hypraperfectionniste que je suis peut enfin se clamer photographe!
La demande de référencement Google est envoyée ; très bientôt, donc, le lien pointant vers mon espace virtuel professionnel.

En attendant, du café fumant, les derniers rayons du soleil et surtout, de la joie!

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DAGEN JEG DØDE PT. VII

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Le jour où je suis morte #7



É P I L O G U E

L'être humain possède une extraordinaire faculté : il est capable de mémoriser, de se souvenir. Mais il ne se souvient pas seulement de la photographie ayant fait la une du journal de la veille ou de la chanson entendue à la radio quelques heures plus tôt, non. Notre organisme, dans son inimitable perfection, sait également mémoriser une odeur, un goût.
La lampée de nectar d'abricot sereinement sirotée sur la terrasse d'un de ces hôtels de la côte d'Opale suffit à me faire bondir dix-huit mois en arrière. Tétanisée, je me tourne vers mon Nikro qui me répond par un regard compréhensif, compréhension avec laquelle il a appris à vivre et qu'il avait sans nul doute anticipée. Perdue dans la sylve sauvage de ses yeux, je réfléchis.
Je suis tout bonnement incapable de comprendre ce que mes proches ont subi en contemplant quotidiennement mon corps inerte, vidé de tout esprit. C'est tout comme s'ils se recueillaient face à ma dépouille impudiquement exhibée sous leurs yeux. Durant ces quinze jours léthargiques, ma chair et mes os ont entraîné le contenu de mon crâne, sans scrupule aucun, dans une valse furieuse à destination de l'enfer. Le violent atterrissage, celui qui m'a précisément fait toucher le fond, suffit à me réveiller le 29 novembre. Je croise alors mes proches, tous prêts à remonter. Quand le cauchemar a commencé pour moi, ils s'éveillaient du leur. Ce décalage tenace et persistant n'était d'ailleurs pas des plus faciles à vivre.
« Il faut que tu sois forte, encore ! » me répétait ma mère.
Toujours installés sur cette même terrasse, mon Nikro et moi discutons de l'horrible expérience que nous avons tous traversée, d'un côté du miroir certes opposé. Son chaleureux sourire m'invite à me lever, et lui de régler l'addition. Bras dessus bras dessous, nous arpentons ce bord de mer, celui qui m'a vue renaître, les vagues léchant nos pieds terrés dans le sable humide.
Ce n'est donc qu'après dix-huit mois de silence, dix-huit longs mois de refoulement cuisant que la question se pose. Un viscéral besoin d'exorcisation s'est emparé de ma personne. Il était grand temps pour moi d'entamer cette thérapie salvatrice. En jetant l'encre sur le papier, je crève l'abcès. Enfin, je brise l'épaisse couche de glace qui m’emprisonnait jusqu'alors dans les eaux glacées de ces sinistres et odieux souvenirs.  Avec le recul, je suis fière de clamer haut et fort que cet abominable incident m'a beaucoup enseigné. J'ai appris l'optimisme, le relativisme. J'ai appris la patience, la retenue, le véritable sens de mots tels que chagrin et misère pour ensuite comprendre les sens, l'essence de mots tels que chance et bonheur. J'ai laissé le goût de l'inutile me quitter pour finalement apprendre à vivre, à ne me soucier que du vital, de l'essentiel. J'ai appris la complexité de l'élément démesuré de sens qu'est le temps. J'ai appris que l'on ne pouvait ni le saisir ni le suspendre, mais que l'on peut l'apprivoiser, le dompter, l'entendre passer... et l'écouter.
Je laisse alors la brise caresser nos visages et me conduire à cette authentique conclusion.
Dix-huit mois plus tard, la vie me rend bien mes sourires. Jeune maman diplômée, mon cœur s'est vu pousser des ailes. Je suis une battante, je suis tenace. J'ai gagné, j'en suis consciente. J'ai amadoué la joie, je respire le bonheur. Entièrement reconstruite, la créature épanouie que je suis devenue ne demande qu'à vivre ; toujours plus beau, toujours plus haut, toujours plus grand, toujours plus vrai. 

 Je suis le phénix qui renaît de ses larmes.
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TATT AV TIDEN

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Saut du bouchon
Crément d'Alsace - 2012
GRAND KRUTH
version 1 . 2

--> En capturant ce délicieux fragment de secondes à Kruth au mois de mai dernier, j'avais bien entendu trouvé judicieux de faire quelques essais en exploitant différents réglages à chaque prise de vue, puisque personnellement radicalement opposée au principe de la postproduction. Au premier abord, j'avoue avoir préféré l'atmosphère féerique que véhicule ce cliché. Mon Nikro m'a fortement influencée, lui préférant les teintes glaciales de la variante bleutée. Je juge donc bon, aujourd'hui, de publier cette chaleureuse version du fameux saut du bouchon.


*__*
*

Les traits de mon avenir se dessinent nettement tandis que je sillonne les rues de Lambersart. 

___ "Dis Papy, qu'est-ce qu'elle fait, la Poste?"

La Poste, c'est moi. Et la Poste n'a l'air de rien devant son coffre relais, trempée par la pluie. L'eau ruisselant sur ses cheveux, elle prend sa pause clope, amplement méritée après avoir chargé la petite trentaine de kilos de courrier supplémentaires sur son vélo. Il est dix heures trente.
Sa besace est toute pleine de courrier en attente de réexpédition, de publicités à renvoyer à l'expéditeur et d'autres aberrations postales. Ses épaules sont à l'agonie, puisque tractant également une moyenne de vingt-et-un recommandés quotidiens, plus ou moins volumineux.
Quatre semaines qu'elle distribue la tournée 105, cinquième collectivité de boîtes aux lettres desservie par ses modestes mains, mains dont la quasi totalité des doigts souffrent le martyr à force de se faire happer par les minuscules boîtes aux lettres bien trop voraces de la rues des Aubépines. Elle est finalement venue à bout de cette tournée, complexe voire interminable en suivant le casier, incroyablement agréable depuis que son paquet de neurones en a décidé autrement. Après s'être pavanée deux jours dans les rues de la ville alors que le clocher sonnait trois heures trente, la voilà rentrée au bureau à onze heures sous les yeux ébahis des plus rapides de ses collègues.
Heureusement, elle est déjà passée au commissariat.
___ " - Dis donc, Marcel, vise un peu ce que la pluie nous amène ! Tu as vu la factrice ?!
___ - Superbe ! Après la pluie vient le beau temps, hein ? "
Et cette dernière phrase d'entraîner avec elle tout le bâtiment. Les joues framboises, la Poste s'est empressée de remonter sur son vélo en pédalant à toute vitesse en direction de la mairie.

___ Dix heures trente, donc. La clope au bec, elle regarde les passants et s'imagine le courrier qu'ils reçoivent, la presse urgente leur étant destinée. La boîte aux lettres de cette petite dame est-elle normalisée? Ce monsieur fait-il pester le facteur en se faisant adresser une multitude de plis à la taille démesurée par rapport à la microscopique fente en ferraille de sa porte d'entrée? Déformation professionnelle, sans doute.
Bon, le verre est à moitié plein. Ne lui reste que deux batteries de bâtiments dans lesquelles le courrier se trouve être miraculeusement bien adressé, deux petites rues ainsi que la grande.
La coiffeuse se plaint du titulaire, madame Dupont reçoit sans aucun doute beaucoup trop de niaiseries et la caissière de l'épicerie du coin ne veut pas lui prendre son recommandé. A la maison de retraite, la Poste est obligée de dévaler les cinq escaliers du bâtiment pour délivrer le chéquier de Mamie Grégoire. Pierrot lui paie un café, la voilà requinquée. La tournée s'achève au numéro 303, maisonnette toute biscornue abritant la grand-mère à moustache. Cette dernière guette l'arrivée de la bicyclette jaune et bleue chaque matin. Elle a besoin de parler, un peu. Onze heures, la Poste se voit donc contrainte d'enlever son costume de facteur pour revêtir celui de l'assistante sociale. La grand-mère à moustache ne s'imagine pas tout ce que cache le courrier. Elle ne soupçonne même pas toutes les éreintantes manipulations entraînées par la malheureuse carte postale qu'elle vient tout juste de recevoir de Vancouver. Dix minutes de recherche dans le piètre cahier de tournée, eh! S'est-elle seulement demandée ce qu'exigeait la confirmation de pré-inscription à l'université Lille 3 Charles de Gaulle de son petit fils? Et sa carte de fidélité Carrefour? Pas une seule fois. Elle a beaucoup voyagé. La Poste visite par procuration les Indes, certains pays de l'Amérique du Sud ainsi que l'Australie. Ça lui réchauffe le coeur, ses os sont glacés.
Elle est bien aimable, Paulette! Juste qu'il est temps pour la Poste de remonter sur son vélo, d'aller rendre ses comptes et de recharger ses batteries pour repartir du bon pied demain matin.




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JUODEN KAHVI

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- Je carbure à la caféine, si si!
- Je renoue avec la sublimissime langue finnoise depuis quelques temps.
- J'ai rendez-vous pour la création du site web à mon image début septembre.
- Je ne manquerai pas de vous en transmettre le lien.
- L'Alcatraz Fest a redonné un sacré coup de fouet à l'admiratrice enthousiaste de TESTAMENT que je suis.
- C'est d'ailleurs le vingtième concert auquel j'assiste en déplorant douloureusement l'absence de mon fidèle immortaliseur.
- Puisque nous récidiverons au mois de novembre... (Nile, Down, Immolation?)
- ... J'embarquerai cette fois-ci mon second boîtier, ce sans l'ombre d'une hésitation.
- Si quelqu'un connaît les secrets de la retouche vestimentaire, qu'il me contacte sans plus tarder !
- Mon studio photo prend forme ; et quelle forme!
- Je reprendrai la route du boulot jeudi. A moi les joies de la tournée en vélo!
- Petite Nina ne semble toujours pas décidée à nous montrer ses quenottes.
- La chaleur nous tuera.


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HVILKEN?

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W H I C H . O N E ? !
--> Mon Nikro & ma Nina, protagonistes de mon existence, sur les chemins escarpés de la vie, se demandant bien quel est le bon sentier à emprunter pour éviter l'orage menaçant qui se profile à l'horizon du ballon de Guebwiller, point culminant de notre très chère Alsace. 



Il m'a semblé bon de retenir la date du lundi 24 septembre (joyeux anniversaire, Koubi chérie!) pour me jeter dans la gueule béante de mon pourtant très bon ami le loup. 

Mes contrats sont prolongés et je risque de devoir passer du coq à l'âne sans que l'on me laisse réellement le temps de faire le plein d'oxygène. Je ne m'en tiens pas rigueur et je suis prête à toute une montagne de monstrueux sacrifices afin de nourrir les entrailles de la bête. Bientôt donc, un site internet professionnel peut-être achalandé d'une boutique en ligne, un studio officiel et référencé, tout un tas d'énormes responsabilités financières venant s'abattre sur mes minuscules épaules, d'autres obligations cette fois plus humaines auxquelles je risque d'attacher encore davantage d'importance. Cette date marque sans aucun doute chez moi le début d'une nouvelle aventure. 


Et puis, honnêtement... 
L'aventure existerait-elle sans le doute et l'incertitude? 

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TIL FØR !


--> Cliché surrané me rappelant au doux souvenir des vieilles rues de Colmar, que j'avoue avoir adorées. Cette image illustre également mon premier filé, technique qui reste, chez moi, à parfaire.




DEUX semaines éreintantes de boulot dans les pattes, trente-cinq violents degrés difficilement supportables sur la peau, du vent dans les cheveux, une entreprise à créer, une demi-tonne de démarches à envisager pour ensuite entreprendre, une petite fleur à faire pousser, un PACS à conclure, un appartement à vendre, une maison à acheter, quinze jours de repos, un billet concis, une bonne dizaine de tendres baisers furtivement déposés sur vos joues roses.
 



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DAGEN JEG DØDE PT. VI

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Saut du bouchon
Crément d'Alsace - 2012
GRAND KRUTH


--> Basse référence humoristique au fameux saut du Bouchot de Gerbamont dans les Vosges, ainsi qu'à la petite bourgade dans laquelle a été capturé ce cliché : Kruth. Je ne vous cacherai pas que je publie aujourd'hui l'image de mon portfolio dont je suis sans aucun doute la plus fière, ce depuis le début de mes aventures photographiques, pour y avoir sué de nombreuses gouttes d'anticipation, de patience, de ténacité et de persévérance. Je n'ai d'ailleurs pas manqué de la faire développer dans un format osé afin que ses teintes glaciales décorent notre salon et j'avoue ne pas être mécontente du résultat.


Le jour où je suis morte # 6

11/03/2011 

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______ COMME tous les lundis, je salue poliment la neuropsychologue avant de refermer derrière moi la porte de sa salle. Comme tous les lundis, je redescends du petit nuage de ma fin de semaine en remontant précipitamment les escaliers après une nouvelle journée de rééducation pluridisciplinaire intensive. Comme tous les jours, je suis harassée, lasse. En haut, une surprise m'attend, tout de blanc vêtue. Hélène et sa blouse, bouleversée, émue, visiblement remuée. Elle lui en a parlé. Le neurologue en chef de l'établissement est donc au courant de ma ferme intention d'escapade. D'accord ; et?
« C'est bon ! » larmoie-t-elle.
Mon décodeur de bonnes nouvelles est en panne depuis quelques temps. Familiarisée à la détresse, ce propos, au premier abord, me paraît détraqué. C'est impossible, j'ai mal compris. Je rêve, c'est ça. J'attends d'ailleurs la sonnerie stridente du réveil qui ne va pas tarder à retentir, m'extirpant à temps de ce songe au réalisme déroutant. Mes pensées se font lourdes et me font perdre toute cohérence. Je reste plantée là, abasourdie, comme étourdie par ce fragment de phrase. Non, je n'y crois pas. L'éternel être dubitatif et sceptique que je suis lui demande de bien vouloir développer. 
« Vendredi, 17h30! » me lance-t-elle cette fois, amusée. 
Je n'assimile pas immédiatement la fabuleuse information que je viens d'entendre. Secouée, je me dirige vers le réfectoire. Au détour d'un couloir, je croise l'affable neurologue en question. 
 «  - Bonjour Lise, tu es au courant pour vendredi ?  
Je ne peux que balbutier une amorce de phrase inintelligible et confuse, dénuée de tout sens profond, suivie d'un : - Merci, docteur ! 
- Tu n'as pas à me remercier . Tous les objectifs sont atteints ! » 
C'est bien connu, je manque toujours de répartie précisément quand il en faut. Ce n'est qu'après-coup que, déçue, je mesure la multitude de mots qu'il m'aurait été possible d'assembler pour former la phrase tranchante et lourde de sens. Un trop-plein d'émotion, chez moi, amenuise le langage. Bouche-bée, je parais idiote aux yeux de mon interlocuteur. 
Je finis mon repas, distraite. Je n'y croyais plus. C'est un sentiment nouveau qui me soulève le cœur. Nous y voilà. C'est officiel, je décampe ! De retour dans ma chambre quelques minutes plus tard, je commence pour la première fois depuis ce lundi 6 décembre un décompte rationnel et concret, presque tangible ; enfin. Quatre jours. 

______ J'AI longtemps cherché le mot fort, le mot juste pour décrire la sensation qui s'est alors invitée chez moi, en vain. Chaque combinaison de lettres me paraît maladivement insipide et ne signifie rien. Impatience, euphorie? Non. Ce sont des mots vides, des expressions sans fondement. Avidité, ardeur? Définitivement, rien n'est fidèle au fluide qui coule désormais dans mes veines. Il me faudrait inventer l'expression en assemblant les phonèmes adéquats. A ce moment précis, ma vie prend tout son sens ; je sens le délicieux poids de cette toute nouvelle signification caresser mes épaules. Enfin, la prison qui m'a tenue captive trois interminables mois durant se décide à desserrer ses griffes acérées pour me laisser libre. Je souris niaisement, je me sens revivre. Enfin, je respire. 


*__*
*

______ JE suis sans doute trop préoccupée pour voir les quatre jours suivants passer. Mon esprit se réveille vendredi matin, littéralement en fête. Après le déjeuner, je cours vers la piscine afin de profiter dignement de ces deux dernières heures de natation. Pour la première fois, je suis détendue. Légère, je me laisse emporter par le clapotis régulier des vaguelettes et ris de bon cœur aux blagues pourtant vaseuses que me narre l'aimable moniteur. Ressourcée, je commence ma valise. Par chance, ma vie matérielle se tient en quelques simples cartons. Quelques vêtements, une vieille paire de chaussures, un jeu de carte sans doute incomplet, une dizaine de bouquins abîmés à force de relectures, des souvenirs griffonnés çà et là. En une demi-heure à peine, j'ai rangé et emballé la totalité de mes effets personnels. Bientôt, maman se montre. Allègrement, je lui souhaite un joyeux anniversaire et dépose deux baisers sur ses joues. Je salue ma sœur et saute au cou de mon Nikro, tous deux venus vivre avec moi ce moment fantastique. Une dizaine d'accolades plus tard, nous chargeons le tout dans la voiture. Je ne manque pas, bien sûr, de faire mes adieux aux patients, aux aides-soignants ainsi qu'aux infirmiers. Pour la dernière fois, je contemple cette pièce, la pièce qui fut ma chambre. La pièce dont les murs, ces confidents de briques, furent témoins de quelques centaines de crises de larmes. Sans l'ombre d'un remord, je ferme la porte. Consciencieusement, j'arrache la page de ce ténébreux chapitre de mon existence à mesure que la lame du loquet s'abaisse. Mon esprit entame alors une ascension progressive. Le voilà qui passe par tous les stades. Palpitations, éclats de rire, sueurs froides, incontrôlables sanglots. De la joie, pourtant. Rien que de la joie. Elle me compresse les sens, rien ne va plus ; je suis vulnérable ; j'implose. 

______  MAMAN démarre le moteur. Ça y est, je pars. Ou j'arrive ; c'est selon. Je ne sais plus quelle mention rayer. Confortablement installée sur la banquette arrière, je jette un dernier regard appuyé au centre Hélio-Marin de Berck tandis que, lentement, la voiture s'en éloigne. Transformée, littéralement renversée par cette abominable épreuve, je fais le vide. Je salue la toute nouvelle personne que je suis en fermant les yeux. Je me projette instinctivement dans une salle déserte, terriblement obscure. Devant moi, une chaise, un magnétoscope, un écran. Comme une cassette dont la bande magnétique serait depuis trop longtemps en pause. Je m'assois et me laisse bercer par la vive allure que la voiture prend ensuite, grandie. Intriguée, je décortique et je comprends. Cette cassette renferme la bande de ma vie, terriblement alourdie par cette exécrable expérience. Décidée, j'appuie sur le bouton lecture ; je pense qu'il est grand temps. A mesure que mes paupières s'entrouvrent, les grésillements parasites de l'écran se dissipent pour laisser place à un tourbillon de couleurs éblouissant. Je suis à l'aube de ce qui semble être une falaise, la vertigineuse falaise de ma propre existence. Enivrée, je contemple la liberté, l'indépendance, l'identité. Retour à la case départ : je regagne ce quelque part, cet endroit singulier, précisément hors de l'espace et du temps dans lequel je me réfugiais inconsciemment après m'être réveillée. Après avoir vécu ces quelques longs mois en noir et blanc, j'embrasse le souffle agressif de teintes provocantes venant me saluer avec la plus grande véracité. 

Enfin


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DAGEN JEG DØDE PT. V

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S C A R A B O S S E
--> Qu'entends-je? ENFIN une macrophotographie digne de ce nom, sur laquelle figure un être vivant, aussi minuscule soit-il? Effectivement. La chatouilleuse du déclencheur que je suis a pu pallier en Alsace le manque de nouveautés bestiales avec cette séance de prise de vue coléoptéresque. Sur ce cliché, un geotrupes stercorarius alsacien, bousier pour les intimes, ne s'étant d'ailleurs pas montré des plus coopératifs... Étant de plus en plus perfectionniste, il m'aura fallu plus de deux heures pour obtenir, sur cent cinquante captures, celle qui sort définitivement du lot. La patience est mère de toutes les vertus! 


Le jour où je suis morte #5


S A N A T O R I U M

Il est vrai que j'ai toujours pensé faire partie de ces personnes contemporaines, de ces gens objectifs et bavards se dédoublant volontiers. Loin de moi l'idée de flirter avec la schizophrénie, chez moi, ce sont simplement deux personnalités qui cohabitent : la Lise qui vit et l'autre Lise, celle qui subit, qui observe. Celle qui rit, qui épluche et juge très rigoureusement chaque situation traversée. Tandis que la Lise qui se contentait de vivre s'était extasiée de voir la neige tomber, avec la béatitude sincère de celle qui aurait pu ne jamais plus avoir cette chance, l'autre commençait à trouver le temps long et pesait méticuleusement ses mots en tentant d'exprimer sa lassitude. Les deux étaient pourtant d'accord et s'étaient dès le départ sagement appliquées à reconstituer la matière grise qui les liait.
Trois mois. Trois mois loin des miens, loin de moi-même, trois interminables mois passés coffrée dans cette saine cellule opprimante. Trois mois. Cents petits-déjeuners sans appétit, cent cinquante paires de pattes mollement traînées jusqu'à la salle d'ergothérapie, deux cents coups de fil douloureusement amoureux le soir, trois cents logigrammes réitératifs, cinq cents tasses de café insipides, sept cents larmes versées, mille et un soupirs. Voilà aujourd'hui trois mois que je n'ai pas le choix, que je suis parquée à deux cents kilomètres de chez moi dans un établissement qui, à présent, tient bien davantage à mes yeux de l'asile que du centre de rééducation. Trois mois que je n'ai personne avec qui tenir une conversation décente, que l'on ne me donne la permission de souffler que trente-deux heures dans la semaine, que je fais inconsciemment de déchirants adieux à ma tribu chaque dimanche soir. J'ai beau revendiquer ma miraculeuse récupération, affirmer qu'elle est désormais complète, l'éprouver, le prouver à travers d'inquantifiables exercices et bilans neuropsychologiques, rien n'y fait. Chaque matin, ce sont mes vingt ans de douleur, mes cent soixante-dix centimètres de tristesse et mes soixante-cinq kilos de tourments qui se heurtent à la même barrière insurmontable. Je manque terriblement d'oxygène. Trois mois que mes repères sont eux aussi séquestrés au coeur de ces quelques murs et lourdes dalles de béton qui composent le département des blessés crâniens de Berck. Cette fois, j'en suis sûre ; c'est bel et bien l'hôpital qui me dicte la conduite convenable, le même hôpital qui me réenseigne le subtil art des conventions. C'est ce sinistre sanatorium qui me réapprend à vivre. Et ce n'est pas la Lise qui vit mais bien celle qui juge qui a peur. Oui, j'ai peur. Peur que mon retour à la réalité soit brutal et violent, qu'il s'effectue sans ménagement, sans transition. Peur de la dépression, de l'agoraphobie, peur de reprendre les cours, de ne pas être capable de les suivre et d'en prendre note. Peur de toutes ces choses dont m'a mise en garde mon alarmiste de neuropsychologue. Je me sens terriblement mal. Je suinte d'émotions diverses par tous les pores de ma peau et je ne sais comment les transmettre. Je suis accablée, minuscule, insignifiante. Je suis dramatiquement impuissante.

"Vi tänder ett ljus för dig varje kväll..."

Un courant de sympathie soulève une vague de personnes se disant incontestablement touchées. Ma famille, mes amis et professeurs, bien sûr ; les amis de mes proches, des connaissances depuis longtemps perdues de vue. Du respect et de la pitié, beaucoup ; de la compassion, surtout. Je ne compte plus les jolies cartes que je reçois et que je peine à lire ni les nombreux cadeaux que l'on me transmet et qui s'entassent sur ma table de chevet. Ce courant s'avère rapidement véridique et désintéressé pour certains, malsain et vicieux pour les autres. Je fais promptement le tri entre deux types de personnes : bien pire encore que ceux qui ne cherchent pas à comprendre, il y a ceux qui pensent avoir compris. C'est cette deuxième catégorie que j'arrête immédiatement. Symboliquement, je me promets de ne plus écrire à ces gens que je pensais pourtant sincères et dignes de confiance. Trahie, je les raye de mon épais répertoire mémoriel, récemment restitué par Mère Nature avant de regagner mon alcôve.
Et c'est alors que, après avoir ruminé toute la nuit durant, la Lise qui juge décide un matin de prendre les choses en main et, pour ce faire, les devants et le dessus. Elle muselle et bâillonne la Lise qui vit avant d'entrer dans la salle d'ergothérapie. « Lise, je suis de votre avis. J'ai bel et bien fait le tour avec vous. » lui répond son ergothérapeute bienveillante. La Lise qui juge n'aura donc plus à rire de la Lise qui vit, cherchant Charlie à ses heures perdues. Elle continue sur sa lancée et tient le même discours à son enseignante, Hélène, entreprenante et un peu plus sûre d'elle. Puis vient le tour de la neuropsychologue, de la kinésithérapeute, de la monitrice d'activités physiques adaptées, de tous ces attachants personnages qui ont choisi de dédier leur vie aux gens qui, à long terme, n'ont pas eu ma chance.

J'ai malgré tout mes limites. Voilà qui est désormais mûrement réfléchi. Je m'échapperai de cet hospice le 11 mars, avec ou contre avis médical.

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GRATIS!

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N I N A R I L Y N


A tes éclats de rire polissons, à tes joues rebondies, aux différentes sonorités que tu places à présent sur tes contrariétés. A tes minuscules mains vigoureuses, à tes adorables fossettes, à tes petites colères infondées, à l'ébauche de ton caractère qui s'affirme tout doucement. A tes débuts de goûts culinaires, aux longs ongles de tes doigts, à ton insatiable soif de découvrir l'étrange monde qui t'entoure. A ton chapeau de paille, à ta peau de pêche, à ta première dent, au bronze désormais marqué de tes iris.





A tes huit mois, petit ange! 

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MERKE





 NIKROMEGALPHA


Alsace - mai 2012 
Notice d'emploi

VERSION ÉTÉ 

1.1 - Instaurer un rituel pour le petit-déjeuner.
1.2 - Le prendre sur la terrasse, face à la montagne.
1.3 - Se laisser bercer par les clapotis réguliers du torrent qui caracole au pied du gîte.
1.4 - Fermer les yeux, s’imprégner de chaque son offert par Mère Nature...
1.5 - Oublier l'heure et le temps.
1.6 - Respirer, apprécier chaque bouffée d'air.
1.7 - Plus tard, se verser un verre de vin blanc.
1.8 - Se le vider sereinement, face à la même montagne.
1.9 - Se mettre dans la peau de Delerm savourant sa première gorgée de bière.


BULLE PLUIE (EN OPTION)

2.1 - Briser les lourdes chaînes de la routine.
2.2 - Prévoir l’ascension du Ballon de Guebwiller.
2.3 - Y aller quand même.
2.4 - Dévorer un bon roman.
2.5 - Se découvrir, évoluer au rythme du protagoniste.
2.6 - S'abriter sous le vieux chêne de l'Écomusée.


ENTRETIEN

3.1 - Partir à l'aventure.
3.2 - Braver les conventions en installant notre petit bout dans son porte-bébé.
3.3 - Se découvrir une passion sincère pour l'œnologie.
3.4 - Se baigner tout habillé(e) dans le lac de Kruth
3.5 - Se ressourcer pleinement.
3.6 - Écraser son dernier mégot.
3.7 - Penser à y revenir.


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DÅPEN MIN

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Merci à vous tous, vous qui avez rendu cela possible!
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DAGEN JEG DØDE PT. IV


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Ne cherchez cette fois pas le moindre rapport entre l'image et le texte. 
Je les dissocie sensiblement. 


 Le jour où je suis morte #4


______ Peu à peu, mon corps réincorpore mon esprit. Ils se reconnaissent finalement, se réapprivoisent. Je parviens à rassembler les quelques atomes de conscience en libre lévitation autour de mon cerveau, ayant de peu évité la noyade dans l'épais liquide céphalo-rachidien. Inconsciemment, j'en façonne de nouveaux. De nature tenace, c'est avec une opiniâtre ardeur que je me renseigne auprès des ergothérapeutes, neuropsychologues et autres noms d'oiseaux s'occupant de mon cas. Je veux à tout prix savoir ce qui m'est arrivé, ce que je risque précisément, pourquoi.  Ma soif  insatiable de connaissances reprend doucettement le dessus tandis que j'assimile petit à petit la notion de traumatisme crânien. J'en comprends les enjeux, les conséquences. Très vite, je prends conscience des différents échelons de sa gravité, de la chance démesurée dont j'ai bénéficié, comme si les nombreuses remarques des médecins experts ne me suffisaient guère.
J'ai perdu ma paire de chaussures lors de la collision. Mes fidèles bottes de sept lieues, elles, ne m'ont pas quittée. Je les déterre du profond caveau de ma conscience et c'est après avoir compris l'authentique sens du mot motivation que je les chausse. J'avance alors à pas de géant sur le sentier Ô combien escarpé qu'est celui de la rééducation pluridisciplinaire. Ma mémoire se fortifie, les trous noirs qui la jonchent se parsèment. En une vingtaine de jours, on me réapprend la marche et, si tôt que mes yeux sont prêts, on me réenseigne l'écriture et la lecture ; ces rudiments quotidiens, ces automatismes qui, une fois acquis, s'oublient, s'effectuent machinalement et paraissent anodins. J'en mesure l'étonnante délicatesse. J'oeuvre sur ma petite personne comme un architecte travaille savamment les plans du château de son roi. Je prends du recul et de la distance en aussi peu de temps qu'il en faut pour le dire. En un mois, j'apprends ce que certains n'assimilent pas même en une vie toute entière ; la retenue, la contenance, la sagesse. Je lis ; j'écris, beaucoup. Rapidement, je relativise. Ce ténébreux chapitre de ma vie a semé en moi une graine d'idée qui s'est répandue dans mon esprit aussi vivement qu'un cancer. La vie n'a plus ni la même signification, ni le même but. Le bonheur, utopique concept auquel chaque être humain aspire, animant tous les débats philosophiques du millénaire, à la signification d'ordinaire si vague, si ampoulée me parle maintenant dans son ensemble. Un rien me fascine, un rien m'émerveille, je m'émeus et m'extasie de chacun de mes gestes. Chaque bouffée d'air est un cadeau. Mes cinq sens rééduqués sont en éveil ; j'en développe même un sixième : celui de la persévérance. Je suis en effet bien décidée à pénétrer les sombres abysses de mon âme afin de ramener chacune de mes capacités antérieures à la surface. Je refuse catégoriquement l'idée d'oublier, de perdre, de laisser s'égarer quelque part dans la nature la moitié de mon esprit.


Oui, je me battrai.



• Le jour où je suis morte ; pt. 1 
• Le jour où je suis morte ; pt. 2 
• Le jour où je suis morte ; pt. 3

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DAGEN JEG DØDE PT. III








FUMAROLE



--> Vieux cliché qui peut vous paraître trafiqué, mais qui, comme à mon habitude, ne l'est absolument pas. Ma foi, qu'en dire? Laissons la fumée illustrer la légèreté, la fragilité de mon esprit vulnérable à ce moment crucial de ma vie.












Le jour où je suis morte #3

6/12/10


Je n'ai pas encore toute ma tête lorsque, le lundi 6 décembre à huit heures tapantes, une affable ambulancière m'arrache de ma prison lilloise. On a pourtant tenté à plusieurs reprises de m'expliquer que j'allais mieux et que la prochaine laborieuse étape de ma vie se déroulerait à Berck. Qu'elle serait longue et pénible. Qu'il était fort probable que je ne récupère pas tout. Étrangement, mon cerveau sévèrement blessé a enregistré chacun des détails de ce trajet de deux heures. Je me souviens parfaitement de la conversation tissée avec cette femme. J'ai vaguement saisi l'incommensurable gravité de ce que j'étais en train de traverser. J'en ai compris le sens global, sans véritablement réaliser que c'était moi, que c'était ma vie, mon histoire. Elle m'a déposée dans la pièce du centre de rééducation destinée à devenir ma chambre et l'un des deux neurologues en chef de l'établissement est venu m'y accueillir. Il m'a d'abord installée dans mon fauteuil roulant, avant de savamment choisir les mots qu'il emploierait pour m'expliquer la sévérité de ce que j'avais subi, la situation que je traversais et ce qui m'attendait. Je reviens de loin ; il est même étonnant que je m'en sois sortie. Je suis déjà extrêmement lucide par rapport à ce que j'ai surmonté. Il ne faut pas que je m'en veuille, que j'en veuille à qui que ce soit si mes capacités neurologiques antérieures ne reviennent pas toutes. Ce n'est pas ma faute, qu'il dit. Non, bien sûr que non. Je me demande d'abord si je vais retrouver ne serait-ce que l'usage de mes mirettes ainsi que celui de mes jambes. Il ne sait pas.

Et c'est là que, brutalement, violemment, une décharge me traverse, électrifiant mon squelette. On m'a greffé de solides barrières dans le crâne. Je dois donc renoncer à la libre pensée, à la conscience de soi, à toute forme de créativité. Me voilà condamnée à la dépendance, à la stérilité intellectuelle. Et c'est alors que, nerveusement, je me suis mise à pleurer toutes les larmes de mon corps, tentant d'exorciser l'inconsolable chagrin qui secouait ma carcasse de sanglots frénétiques, rendant l'accablement qui s'était abattu sur mes épaules quelques minutes plus tôt quasi irrationnel. 

J'avais compris.

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DAGEN JEG DØDE PT. II

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ÓÐINN




--> Cliché issu de la récente série vosgienne, capturé en plein coeur du feu de bois crépitant dans la cheminée du salon, après avoir protégé mon boîtier ainsi que mon visage, tout de même. Chacun y interprète ce que bon lui semble. Je décide personnellement de l'intituler Óðinn, puisque j'y devine un guerrier borgne, brandissant sa lance.











Le jour où je suis morte #2

29/11/10


L'issue d'un cauchemar...

Et, lentement, doucement, un halo de lumière parvient à tenir tête aux ténèbres brumeuses ayant subtilisé cette poignée de semaines, ces quinze jours de ma vie passés quelque part, hors de l'espace et du temps. Une sorte d'univers parallèle, achalandé par les visions Ô combien étranges qu'engendre la dose inquantifiable de morphine administrée quotidiennement par les médecins. Inutile de nier qu'il m'arrive encore aujourd'hui d'être saluée par ces images pour le moins curieuses ; elles me fascinent, me terrorisent. Une cabane en bois, ma voiture, la maison de mes parents, une inondation. Le grand Zakk, une grotte, le train. Nathalie, un bateau, l'Angleterre, mes grands-parents. Quelques fruits de mer, un avion, l'Islande ou l'Ecosse. Noël. Et cette convalescence perpétuelle, mystérieusement bien présente lors de chacune de mes échappées subconscientes. Quelques coups d'oeil creux dans le monde réel, appuyés par le peu de jugeote m'ayant survécue. Un tableau blanc, du jaune fluo, les lumières d'un stade, cette machine à ma droite,  les pulsations de mon propre coeur. Samedi 4 décembre, mes souvenirs se précisent. Mon père, la frangine, le numéro 15, ma Lou, Laurence. Mon Nikro, son regard embué, sa main sur la mienne, sa demande en fiançailles, le tendre baiser qu'il dépose ensuite sur mon front. Je suis intubée et les tuyaux dans ma bouche me dissuadent fortement d'avoir recours à une quelconque forme de parole, je ne vois absolument rien. Je ne peux pas me lever, je ne peux pas marcher. Je n'ai psychologiquement pas la force d'essayer. Je suis seule, terriblement seule avec le fantôme de conscience qu'il me reste. Une ébauche, un ectoplasme. Mon côté gauche est paralysé, les tiraillements de mon dos ne me sont même pas insupportables. La douleur n'est qu'une information interprétée par le cerveau, signal que le mien ne semble plus apte à déchiffrer. Douce nonchalance. Je ne suis pas en mesure de comprendre les rapports temporels qui m'entourent, je ne sais plus qui je suis, ne sais pas où je suis ni ce qui m'est arrivé. Je ne m'imagine rien, je ne cherche même pas à approfondir. Pas l'ombre d'une initiative n'est plus prête à germer dans ma boîte crânienne amoindrie. J'ai perdu toute notion du concret, du réel, de ce qui est socialement acceptable et de ce qui ne l'est pas.  Je suis nourrie par le biais d'un cathéter, poignardé juste en-dessous du coeur.  Je suis un animal égaré. Une petite, toute petite enfant, radicalement privée de tout ce que l'on acquiert en grandissant. Mon esprit est en veille. Mon corps, lui, est entièrement dépendant.

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DAGEN JEG DØDE

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--> Je vous présente le grand frère du cliché que j'avais, à l'époque, intitulé Stopping Time, puisque capturé dans une situation similaire. Je n'ai évidemment pas opéré au même endroit ni dans les mêmes conditions et c'est ici que le sujet change. Je décide effectivement de faire valoir, cette fois, le reflet de la montagne vosgienne tout juste décelable dans la goutte droite, sur le point de tomber. 



Le jour où je suis morte

16/11/10


Coma ; n.m. : la mort comme si vous y étiez.



Je me souviens de peu de choses. Bien trop peu. Le soleil a peiné à se lever, pour sûr, prisonnier de son épais manteau de brume. J'ai trouvé le spectacle charmant et me suis immédiatement projetée ailleurs afin d'en profiter dignement. J'ai bêtement décidé d'aller explorer les Monts des Cas, fidèles collaborateurs, me servant parfois de modèles en cas de belles intempéries. 8h30 : j'enfourne le matériel photographique nécessaire dans mon sac LowerPro arrivé en fin de vie, n'ayant d'ailleurs pas survécu à la vague de sang qui l'aura, un peu plus tard dans la matinée, submergé et me bats avec sa fermeture avant de prendre précipitamment le volant. 8h45 : j'avance d'abord sans but précis, ne sachant trop où donner de la tête. Il me semble avoir commencé par le Mont Noir. N'étant en aucun cas satisfaite de mes captures, j'ai repris la route pour finalement me retrouver sur un de ces chouettes chemins de randonnée, magnifié par la brume. L'espèce de nébulosité qui monopolisait l'endroit le rendait mystérieux, énigmatique à souhait. Motivée, j'ai immédiatement vissé ma focale Sigma au bout de mon K20 pour tester cette dernière, puisque toute nouvelle. Et me voilà partie pour une bonne heure de prise de vue. Mes vertèbres à l'agonie ainsi que les batteries épuisées de l'appareil me rappellent à l'ordre : il est temps pour moi de rentrer. 10h51 : mon subconscient, à la base bien plus prudent que la personne qui le loge, me souffle assurément de prendre l'autoroute, plus rapide et plus sûre, en vue des étranges conditions météorologiques. Après moult réflexions actives, trente secondes montre en main, je renonce à emprunter les chemins de campagne qui m'ont menée jusqu'ici ; sait-on jamais? 10h53 : je m'engage, convaincue, sur l'autoroute A25 et c'est ici que s'arrêtent mes souvenirs. Aussi flous, aussi vagues soient-ils. Le néant.


Rapide et prudent, hein
Il m'aura fallu près de quatre mois pour rentrer.

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SMÅ FØTTER

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Tout plein d'amour entre toi et moi.



[ Le 21 mars 2012 ]

Hier, maman m'a dit, toute souriante, que c'était le printemps. Je ne comprends pas encore tout ce que cette nouvelle implique mais il me semble bien que ça la réjouit. Papa dit que c'est l'une des quatre saisons et que c'est justement celle-ci que maman préfère. Maman a toujours aimé le printemps mais il a une valeur quasi sentimentale aujourd'hui. Il paraît que ça fait maintenant un an qu'elle a quitté l'enfer pour s'installer au paradis et que la transition est plutôt brutale. Le matin, elle m'installe sur mon tapis d'éveil, dans mon parc, elle ouvre bien grand les fenêtres et chantonne en préparant le café. Et moi de babiller, puisque c'est pour l'instant la seule manière dont je dispose pour lui faire comprendre que son enthousiasme est communicatif. Elle voit la vie en rose, ma maman ; comme moi! 

Je ne suis toujours pas sevrée et de toute façon, le biberon ne m'intéresse pas. Papa a essayé plusieurs fois de me le donner et j'ai décidé de montrer que j'avais définitivement du caractère en me mettant à hurler dès  que la tétine s'approche de moi. En revanche, j'ouvre grand mon petit bec quand il me présente une cuillère débordant de purée de légumes ou de compote, et j'ai vraisemblablement toujours besoin d'une tétée pour m'endormir. Au moins, maman peut dormir paisiblement toute la nuit désormais!

Après avoir découvert les Vosges, il me tarde d'aller conquérir l'Alsace du haut de mes soixante-dix centimètres.
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ELVA RENN





L'ASSIMILATION d'une langue étrangère a beau se faire, chez moi, sans la moindre peine, je tente tant bien que mal d'en apprivoiser une qui soit toute nouvelle : celle du business et de la gestion. Moi qui pensais avoir eu ma dose de difficultés insurmontables avec la magnifique langue finnoise, tout aussi somptueuse qu'ardue, réalise en fait que tout cela est peut-être bien pire pour la créature hyper littérairosensible que je suis, puisque la culture ceignant ce nouveau langage, cette fois, ne me pénètre en aucun cas. Je suis, heureusement, bien entourée et  très convenablement épaulée par mon interprète de Nikro, qui , par chance, comprend tout cela bien mieux que moi. Oui, je suis indéniablement incompétente lorsqu'il s'agit d'administrer quelque chose d'officiel. Seul l'avenir nous dira si ce trait de caractère peut être modelé, j'en ai bien peur.

EN ATTENDANT, nous profitons au maximum de l'évolution fulgurante de notre petit joyau, puisque c'est, quelque part, pour elle que nous montrons tant d'assurance, de motivation, d'affirmation et d'audace.

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LEKANDE OCH SKRATTANDE

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--> Ayant beaucoup apprécié la session du congélateur, je récidive dans l'art Ô combien complexe et délicat qu'est celui de la prise de vue ponctuelle en vous publiant ce diptyque antagonique, concocté tantôt dans la neige, tantôt au coin du feu, regardant cette dernière tomber et tapisser sols, arbres et toitures.



VOSGES EN MARCHE - du 5 au 10 mars 2012


Mon Nikro ouvre l'oeil, s'étire bruyamment, se lève et se cogne la tête sur la poutre porteuse en jurant. Notre petite Nina découvre le somptueux chalet qui lui servira de toit pour les cinq jours à venir, étonnée et légèrement inquiète. La frangine reste avachie dans son lit, prise de migraine. On se goinfre goulûment de nourriture biologique certifiée sans pesticide quand vient l'heure du repas et on célèbre la tempête de neige à coup de bêtes des Vosges. Charlot découvre sa nièce, Gérard se cache dans sa moustache naissante pour rire. Tresses et sucre glace. Nous allons conquérir la tourbière en raquettes, accompagnés du loup, rapide mais bienveillant. Petite pause au sommet ; thé à base de miel maison et pentes raides. La neige est immaculée. On s'empresse d'aller saluer le bouchot, cet étrange animal aquatique nocturne. Charlot finit par le chevaucher et nos acrobaties, accueillies par le soleil, sont vraiment belles à voir. On tente la luge près de l'immense ferme du couple à treize enfants, Laurticus nous accompagne dans la découverte de la maison abandonnée. Le bioéthanol se fait rare ; nous n'avons d'autre choix que d'opter pour un plein dont le prix du litre flirtera bientôt avec les deux euros ; notre compte commun en souffre profondément. Dîner à base de tartes flambées au feu de bois, de salade fraîche et de Munster. Madame Jemelajoue nous insupporte, Denise développe un côté pointilleux plutôt agaçant, Anne me fait réaliser encore davantage l'incommensurable chance dont j'ai bénéficié, Sylviane est agréable, Gilles est attachant. Papa fait l'avion et maman redécouvre les petits pots. La pleine lune darde ses rayons d'argents sur le versant nord du col des Moinats, tandis que l'on se fait une manille pour que la gagnant désigne celui qui, dans un élan de motivation, ira chasser le réseau téléphonique.

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KIJK EENS!


 M Y W O R L D I N I T S E Y E


_______ LØS :
Un billet certes court, bref et concis dans le but de vous annoncer que :

• La situation que nous traversons se révèle extrêmement complexe...
• ... Nous sommes pourtant décidés à aller jusqu'au bout de ce fabuleux projet.
• La semaine de vacances Vosgiennes est donc plus que bienvenue, cela va sans dire.
• Les assurances et leurs arrangements à l'amiable me dégoûtent viscéralement, oui.
• Je risque d'avoir besoin de conseils pour la prochaine acquisition d'un flash cobra.
• J'ai soif de paysages enneigés et d'arbres croulants sous un surpoids de glace.
• Je planche sérieusement sur le projet d'une création de site internet. 
• Je suis définitivement folle amoureuse des focales fixe, qu'on se le dise.



Je vous promets un post plus étayé, comprenant davantage de nouvelles très bientôt 
et je m'engage à pallier le manque de mises à jour photographiques d'ici mon retour des Vosges.

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SLUTLIGTIGT

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Fragments de pensées


"C'est dingue ce que ça fait drôle de parler de ça!" me lance un Pierrot déterminé à travers le combiné. Les CDI, prêts à la consommation et autres noms d'oiseaux ont effectivement bercé notre conversation enjouée. C'est que... mes divers rendez-vous juridiques et sociaux-médicaux me font, lentement mais sûrement, réaliser une chose, tout particulièrement : je n'ai plus rien d'une enfant, si ce n'est l'innocence que certains d'entre eux n'ont pourtant déjà plus, demeurant intacte chez moi. J'accuse le coup et salue malgré tout le colossal coup de vieux m'ayant saluée ces derniers jours. Me voilà jeune maman dévouée, indépendante tant sur le plan psychologique que d'un point de vue financier, libre dans tous les sens du terme, littéralement au pied du mur face à cette immense jungle sans limite qu'est la vie active. Au risque de vous paraître niaise, je clame haut et fort que je suis amoureuse bien au-delà des anges et que mon Nikro et moi nous apportons chaque lendemain bien davantage que la veille. Mes chères études sont terminées, je me suis personnellement enrichie et je ne changerai pour rien au monde. J'ai la chance de ne jamais m'être trompée d'un point de vue professionnel, d'aduler le chemin parcouru jusque là, de ne rien regretter et j'ai la très nette impression d'avoir vécu dix années de plus que mon âge veut bien le dire. En toute humilité, puisque mes amis et fidèles lecteurs comprendront le lourd sens de cette phrase, je me suis faite toute seule et je suis extrêmement fière de pouvoir l'exprimer. Il faut croire que le malheur est le meilleur des formateurs.


Concluons en beauté.
J'aurais passé, la semaine dernière, plus de deux heures à discuter en profondeur de la passion commune qu'est la photographie avec une femme du métier au caractère bien trempé, un tant soit peu féministe et ultra dynamique. Son franc-parler et son honnêteté sans borne, qui m'ont rebutée au premier abord, me plaisent en fait énormément. Je découvre que j'ai un côté conservateur un peu vieux-jeu et que cela peut jouer en ma faveur. Les éloges étaient inespérées. Elle m'a pourtant félicitée pour mes travaux, et moi de lui exposer ce qui cloche. Elle a, à chaque fois, rectifié le tir et a bien nourri ma self-estim, largement amenuisée depuis ce foutu 16 novembre. Cet entretien ne va pas déboucher sur un stage, non. Il me permettra bien mieux, puisqu'il m'ouvre les portes que je croyais scellées à jamais.


Enfin, la vie me sourit et je le lui rends bien.
S'il était temps? Oui.

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