'
ELEFANTHUD
Troisième et dernière devinette avant mon départ pour l'Écosse, ce samedi, très tôt dans la matinée. Je tenterai, par la suite, de confectionner ce genre de billets à raison d'un par mois, et m'efforcerai de mettre la barre légèrement plus haut. Je ne peux malheureusement pas vous dire où ce cliché a été capturé, ni comment, ni pourquoi, de peur de vous mettre sur la piste. Je pense néanmoins que la difficulté est relativement étriquée, et que cet exercice se révèlera être plutôt aisé. Anyway, n'hésitez pas à zoomer, chose pouvant, encore une fois, vous être utile.
A vos claviers!
" Dans la rue silencieuse, le froid mordant me réveilla. Alors je ressentis une absurde lassitude, et le désir de m'enfuir, de me replonger dans ma solitude, douloureuse et confortable comme une maladie qui ne fait pas mourir. Rien que la pensée de nouer entre cette femme et moi un lien quelconque me coupait le souffle à présent. Comment ai-je pu céder à une semblable tentation? C'était sûrement la faute de l'alcool. Mon estomac se contractait de plus en plus à l'idée de me retrouver près de cette inconnue qui exigerait de moi chaleur et attentions. Il me faudrait m'intéresser à une autre existence et à ses bassesses, m'efforcer de montrer de la curiosité pour une vie qui m'était étrangère, partager mon angoisse avec quelqu'un d'autre et accepter de tourner les yeux sur la sienne. Et surtout écouter, écouter l'histoire d'un autre être et compatir, me pencher sur ses sentiments, être entraîné dans des douleurs qui n'étaient pas miennes et que pourtant je devrais consoler, avoir devant moi tous les jours ce visage attendant de moi compréhension, aide, pitié, me promettant de la joie que je ne désirais pas, de l'affection qui m'importunait. Voir mon temps passer à travers le sien, mon ennui se cacher dans le sien, reconnaître son odeur dans mes vêtements et sa silhouette dans la rue, dormir dans son lit et me réveiller le premier tous les matins, seul dans la lumière grise, attendant que commence un autre jour interminable à passer avec elle, à creuser de mes mains hors du silence et à porter dans mon cœur jusqu'au soir, jusqu'au moment où l'obscurité reviendrait envahir ma solitude et la sienne. J'avais tout ça en horreur. J'avais en horreur la vie et l'entêtement avec lequel tous les gens autour de moi s'acharnaient à la conserver, renaissant sous les décombres, reconstruisant sans relâche ce que les bombes détruisaient, en proie à cette inlassable volonté de renaître qui est la malédiction, la condamnation de l'espèce humaine. Je sentais que mon aspiration instinctive était de traverser sans me salir cette vie qui m'était restée, sans trop d'ennuis ni trop d'engagement. Car ce n'était plus de la vie, mais un résidu, un reste ramassé dans la rue. Retrouver mon passé était impossible. Me chercher un futur était un effort démesuré. Le docteur Friari avait raison : la langue est une mère et c'est de la mère qu'on vient à ce monde. Mais moi, j'avais perdu les deux pour toujours. Pour moi, toute renaissance était exclue. Ce que j'avais de mieux à faire était de vivre avec ce bout de vie comme on fume un bout de cigarette, avec la hâte de la finir, cherchant déjà des yeux où jeter le mégot."
Diego Marani
'
'
